8 notes &
Jokin Etcheverria, faux skateur, vrai entrepreneur
Pas de baggy, pas de casquette, il ne porte rien de la panoplie du «parfait skateur». Dans la vie, Jokin Etcheverria, producteur et réalisateur, arbore l’uniforme local, sport et classique. Seules ses baskets multicolores lui donnent une petite touche de fantaisie. Il le dit lui-même, c’est pour son ancienne émission, BURP, le «Basque Underground RePort», qu’il s’est créé «un look skate un peu disjoncté».
Nous nous attendions à rencontrer un vidéaste underground se prêtant sans discussion au jeu de la performance vidéo ; c’est un jeune documentariste, fan de Raymond Depardon et soucieux de son image, qui s’est présenté à nous.
Originaire de Saint-Jean-de-Luz, il est installé à Bilbao depuis 6 ans. La culture basque imprègne son travail, pourtant, selon lui, c’est une «série de coïncidences» qui l’ont conduit à faire de la langue régionale sa matière première. Il profite de sa «richesse linguistique».
RACONTER DES «HISTOIRES UNIVERSELLES»
Pour son nouveau projet Nire argazkia (ma photo, mon image), un documentaire sur la langue basque, il a rencontré plusieurs familles bascophones. L’objectif de cette démarche ? Parler des Basques à travers la pratique de leur langue. Mais ce qui lui importe, ce sont les «histoires de famille et de mémoire, des histoires de vie, universelles».
Après le déjanté BURP, Jokin poursuit sa carrière artistique avec le même esprit d’entrepreneur. Il est allé à Cannes en avril pour présenter et vendre son film aux diffuseurs du monde entier. L’impertinence des jeunes années n’a tout de même pas complètement disparu : pas question, dit-il, de «faire du Depardon», Jokin veut se saisir de l’occasion pour ébaucher une critique du documentaire-vérité.
JOUER AVEC LES CLICHÉS
Un berger qui organise un concert de hard-core pour ses brebis ? Un champion de pelote basque qui donne le départ d’un road-movie accompagné d’une jeune femme en bikini léopard ? Ce sont quelques-uns des sujets qu’il a produit pour BURP, l’émission qu’il a présentée jusqu’à fin 2010 sur Eitb3. Le programme entre documentaire et fiction, destiné aux jeunes, s’amusait des clichés sur les Basques.
Il a permis aussi de faire découvrir des lieux culturels de Bilbao comme L’Mono (le singe), un espace d’expositions et de concerts, «un lieu pas institutionnel mais une institution de l’underground», selon Jokin.
Il ne fait finalement plus partie de la scène underground de Bilbao mais garde de bons contacts avec elle. Des liens qu’il avait tissés avec son ancienne associée en créant la plate-forme culturelle MyJok. «Nous avons organisé beaucoup de performances-théâtre et d’opérations guerilla». Bilbao a changé, et lui avec.
Aurélie Dupuy et Julien Baldacchino (Photo Aurélie Dupuy)
